Histoire de Tbilissi

Tbilissi occupe un défilé de la Koura, là où la vallée se resserre entre les contreforts du Trialeti et la crête de Makhata. Cette position de verrou entre la mer Noire et la Caspienne lui a valu une histoire faite de destructions et de reconstructions successives.

Fondation légendaire et capitale d'Ibérie

La tradition attribue la naissance de la ville au roi Vakhtang Gorgassali, au Ve siècle. Le récit veut qu'un faucon lâché par le souverain pendant une chasse tombe dans une source chaude, révélant ainsi le site. Le nom dérive du géorgien tbili, qui signifie tiède, et les sources sulfureuses d'Abanotoubani entretiennent encore cette étymologie. Le transfert de la capitale d'Ibérie depuis Mtskheta revient à son fils Dachi, au siècle suivant. La cité devient le centre politique de la Géorgie orientale, que se disputent l'empire perse sassanide et Byzance.

Émirat de Tiflis et reconquête géorgienne

Les armées arabes s'emparent de la ville au milieu du VIIe siècle et un émirat autonome s'y installe au VIIIe siècle. Pendant près de quatre cents ans, Tiflis frappe sa propre monnaie et vit du commerce caravanier, pendant que les principautés géorgiennes se reconstituent ailleurs. David IV le Constructeur reprend la ville en 1122, un an après sa victoire de Didgori, et en fait la capitale d'une Géorgie réunifiée.

Âge d'or médiéval

Le règne de David IV, puis celui de la reine Tamar entre 1184 et 1213, marquent l'apogée de la cité, où prospèrent ateliers, écoles de traduction et caravansérails.

Invasions et destructions

En 1226, les troupes du Khorezmien Djalal ad-Din prennent Tbilissi, massacrent une partie de ses habitants et abattent la coupole de la cathédrale Sioni. Les Mongols soumettent la Géorgie orientale une décennie plus tard et les campagnes de Tamerlan achèvent d'affaiblir le royaume. La ville passe ensuite sous la tutelle alternée des Séfévides et des Ottomans. La catastrophe la plus lourde survient en 1795, lorsque Agha Mohammad Khan écrase les forces d'Héraclius II à Krtsanissi et livre Tbilissi aux flammes.

Annexion russe et chef-lieu du Caucase

Le traité de Guéorguievsk, conclu en 1783, avait placé le royaume de Karthli-Kakhétie sous protectorat russe sans empêcher le désastre de 1795. L'Empire russe annexe le royaume en 1801. Tiflis devient le siège de l'administration impériale dans le Caucase, puis celui de la vice-royauté à partir de 1845. La ville se dote d'avenues rectilignes, d'un opéra et d'une liaison ferroviaire vers la mer Noire, que finance en partie sa bourgeoisie marchande, largement arménienne.

République démocratique et soviétisation

La République démocratique de Géorgie, proclamée le 26 mai 1918, fait de Tbilissi sa capitale et y ouvre une université nationale. L'Armée rouge entre dans la ville en février 1921 et la Géorgie rejoint l'Union soviétique. La graphie Tbilissi remplace officiellement Tiflis en 1936, et l'industrialisation porte ensuite la population au-delà du million d'habitants.

Contestations antisoviétiques

En mars 1956, la dénonciation de Staline par Khrouchtchev provoque des rassemblements qui tournent à la revendication nationale et que l'armée réprime, faisant au moins vingt et un morts. Le 9 avril 1989, la dispersion par les troupes soviétiques d'une manifestation pacifique de l'avenue Roustavéli coûte la vie à une vingtaine de personnes et radicalise le mouvement indépendantiste.

Indépendance et convulsions

La restauration de l'indépendance est proclamée le 9 avril 1991. Le renversement du président Zviad Gamsakhourdia, à l'hiver 1991-1992, se joue au cœur de la capitale et détruit plusieurs bâtiments de l'avenue Roustavéli. Une décennie de crise économique suit, jusqu'à la révolution des Roses de novembre 2003, qui aboutit à la démission d'Édouard Chevardnadze. La guerre d'août 2008 contre la Russie épargne le centre-ville, mais des frappes en touchent les abords.

Période contemporaine

Depuis les années 2000, la vieille ville a été largement restaurée et de nouveaux ouvrages publics ont modifié le paysage urbain. Le 28 novembre 2024, l'annonce du report des négociations d'adhésion à l'Union européenne a déclenché avenue Roustavéli des manifestations qui se poursuivaient en 2026.