Bains de soufre et vieille ville de Tbilissi

Les sources sulfureuses qui jaillissent au pied de la colline de Tabori ont donné à Tbilissi son nom et son quartier le plus singulier, Abanotubani, où les salles de bains s'enfoncent sous terre et ne laissent voir que leurs coupoles de brique.

Légende de fondation et sources thermales

La tradition attribue la naissance de la ville au roi Vakhtang Gorgassali, au Ve siècle. Parti chasser au faucon dans les fourrés qui couvraient alors la vallée, il aurait vu son oiseau tomber avec sa proie dans une vasque d'eau brûlante. Le souverain décida d'y transférer sa capitale depuis Mtskheta et la ville reçut le nom de Tbilissi, formé sur l'adjectif géorgien qui signifie chaud. Les sources jaillissent à une température de 38 à 40 degrés et chargent l'eau de soufre, d'où l'odeur caractéristique qui flotte dans les ruelles.

Quartier d'Abanotubani

Le nom du quartier se traduit littéralement par quartier des bains. Au XIIIe siècle, les chroniques y recensaient plusieurs dizaines d'établissements, alors qu'une dizaine seulement fonctionne aujourd'hui. Les bâtiments occupent les rues Abano et Botanikuri, entre la falaise de Metekhi et l'entrée du jardin botanique. Un programme de réhabilitation conduit au début des années 2010 a repavé la rue Abano, refait les façades et ouvert un cheminement vers le fond du vallon, ce qui a transformé un secteur longtemps délaissé en promenade très fréquentée.

Architecture et fonctionnement

Les salles sont semi-enterrées et surmontées de voûtes de brique percées d'un oculus vitré qui assure l'éclairage et l'évacuation de la vapeur. L'eau circule en continu depuis la source, sans chauffage ni traitement. Deux formules coexistent. Les bassins communs, séparés par sexe, correspondent à l'usage populaire ancien et restent très bon marché. Les salles privées, louées à l'heure, comportent un bassin d'eau sulfureuse, une douche froide, parfois un hammam sec et un vestiaire.

Kissé et massage

Le gommage au kissé constitue la prestation traditionnelle. Le praticien, appelé mekissé, frotte le corps avec un gant de crin rugueux pendant une dizaine de minutes, puis rince à grande eau savonneuse. Un massage plus appuyé s'ajoute selon les établissements. Serviettes, draps et sandales se louent sur place quand ils ne sont pas fournis.

Établissements et tarifs

Le bain Orbeliani, aussi connu sous le nom de Tchreli Abano, forme le bâtiment le plus photographié du quartier avec sa façade bleue à faïences, ses arcs brisés et ses deux minarets décoratifs. Ses salles intérieures conservent des mosaïques céramiques vertes et blanches. Le Sulfur Bath n° 5 propose à la fois des bassins communs et des cabines privées, et le Gulo's Thermal Spa occupe le haut de gamme avec des salles carrelées de mosaïque. D'autres maisons, Bohema, Royal Bath ou Erekle, complètent l'offre. En 2026, l'entrée d'un bassin commun se situe entre 5 et 10 laris par personne, une cabine privée simple entre 15 et 40 laris de l'heure, une salle dans un établissement réputé entre 60 et 130 laris, et une suite de type spa entre 150 et 300 laris. Le gommage au kissé se facture de 15 à 30 laris.

Canyon de Legvtakhevi

Derrière les dernières coupoles s'ouvre le canyon de Legvtakhevi, littéralement le vallon des figuiers, franchi par une passerelle métallique. Un sentier remonte le ruisseau sur quelques centaines de mètres jusqu'à une cascade d'environ vingt-deux mètres, dont le débit faiblit nettement en été. Le vallon débouche sur une porte latérale du jardin botanique national.

Histoire et témoignages littéraires

Les bains fonctionnaient déjà sous la domination perse et la plupart des établissements portent encore le nom des familles nobles qui les possédaient, Orbeliani, Bebutov, Soumbatov ou Zoubalov. Au-delà de l'hygiène, ils servaient de lieu de sociabilité, où les mariages se négociaient et où l'on demeurait parfois jusqu'à l'aube. Pouchkine, de passage en 1829, les jugea plus somptueux que tout ce qu'il avait vu en Russie et en Turquie, et Alexandre Dumas leur consacra des pages admiratives lors de son voyage au Caucase à la fin des années 1850.